Le CIO vient de suspendre le Comité National Olympique (CNO) Russe et par conséquence il sera exclu en février prochain des Jeux Olympiques de PyeongChang 2018, suite aux gros scandals successifs de dopage dont vous avez tous entendu parler depuis le temps. Beaucoup de choses ont été ou seront dites à propos de cette décision historique du CIO, mais comme toujours depuis le début de cette affaire, on passera à côté de l’essentiel (pour la gouvernance du sport) ! Voici donc les points importants à retenir (selon moi) dans cette affaire et ce que j’en pense :

Les faits et détails importants

  • Le CNO Russe a été suspendu indéfiniment par le CIO : cela veut dire qu’il ne peut plus, tout comme ses représentants, participer aux activités et événements organisés par le CIO et que ses athlètes ne peuvent plus participer aux compétitions organisés par le CIO sous bannière russe.
  • Les athlètes russes qui prouveront qu’ils sont propres et en feront la demande, pourrons participer aux JO en tant qu’invité (sous bannière olympique comme c’est toujours le cas pour les athlètes des CNO suspendus). S’ils remportent un titre, c’est le drapeau olympique et l’hymne olympique qui sera joué en leur honneur et les statistiques ne seront pas ajouté au total Russe qui restera à 0 pour cette édition.
  • Le CNO ne contrôle pas le sport ou les fédérations sportives d’un pays : par conséquence cette suspension n’a pas d’incidence direct sur ces dernières. Leurs activités et dirigeants ne sont pas suspendus, seuls ceux qui font partie du CNO, du CIO ou travaillent avec le CIO le sont.
  • de même, le CIO ne contrôle pas les Fédération Internationales (FIS, IBU, FIFA, ITF etc.), qui ne sont pas ses membres (les CNO le sont) mais ses partenaires : par conséquence aussi, cette suspension n’a pas d’incidence *direct* (j’y reviendrai) sur ces dernières, ce qui veut dire que :
  • Les Russes ne sont pas (pour le moment) suspendu de toute compétition sportive (le CIO n’a pas se pouvoir), et donc c’est pour cela que des clubs de foot russes joueront en compétition européenne cette semaine, que des sportifs russes participeront aux courses de biathlon ou de ski alpin ce week-end, comme d’habitude (j’y reviendrai)
  • Cette affaire est loin d’être terminée ! Les Russes peuvent faire appel (et le feront sans doute) et toute cette affaire est une grosse equation à plusieurs inconnues mais aussi plusieurs éléments qui dépendent les uns des autres et d’autre absolument pas, donc…

Ce que j’en pense

la version courte : est-ce que les “russes” (comprendre les instances, dirigeants et sportifs dopés) doivent être sévèrement sanctionnés dans cette affaire ? Absolument OUI. Est-ce que cette décision du CIO est la bonne ? Pas tout à fait, car elle détourne d’un gros problème dans le sport (pas forcement intentionnellement).

Le CIO a pris ses responsabilités, après avoir pris le temps de finaliser son enquête, et a sanctionné les Russes. Trop de temps diront certains, mais comme je vais l’expliquer, ce n’est pas le problème, ni très important. Car le CIO, et j’en faisais allusion plus haut (et plein de fois avant sur Twitter), n’est pas la Fédération des Fédérations : si l’on peut avoir un certain rapport de force (discutable j’en conviens) sur elles, elle ne détient par contre aucun pouvoir de subordination ou décisionnel sur les Fédérations. C’est le CNO qui est suspendu, par le Fédération Russe de Patinage ou de hockey ! Seules l’ISU (la Fédé internationale de patinage) et l’IIHF (celle de Hockey), pour garder cet exemple, peuvent le faire.

Si la Fédération Tunisienne de Football est membre de la FIFA (et donc doit respecter ses règles), la FIFA n’est pas membre du CIO mais son partenaire pour notamment l’organisation du tournoi olympique ; et si la FIFA peut suspendre la FTF, le CIO ne le peut pas, mais peut l’empêcher de participer aux JO car il a le contrôle sur son événement. Pour mieux comprendre cette subtilité, si demain le CIO suspendait le CNOT pour 5 ans, cela n’empêcherait pas la FTF de participer aux compétitions FIFA/CAF (Coupe du Monde, CAN etc.) durant cette période mais uniquement aux qualifications pour les JO.

Je tenais à préciser cela pour vous faire comprendre pourquoi cette suspension pourrait être un leurre et que la pression qui a été mise sur le CIO depuis maintenant au moins 2 ans étaient futile et de la perte du temps pour tous ceux pour qui le sport compte et pour qui un sport propre compte. Comme je l’ai toujours défendu, la pression, il fallait et faut la mettre sur les FI car ce sont elles qui ont le pouvoir de sanctions pour 99% des compétitions sportives ! Le sport, au quotidien, ce sont elles, pas le CIO qui n’est juste qu’une boite d’événementiel qui organise une compétition majeure une fois tous les 2 ans (pour caricaturer).

Quid alors des matchs de foot de ce soir, des courses de demains, des matchs de tennis de la semaine prochaine ou des combats de mois prochain ? dites-moi, j’attends ? et Quid des sports non olympique, dont la fédération internationale n’est pas partenaire du CIO ? j’attends encore… Non, sérieusement, vous comprenez que ce problème ne peut absolument pas être résolu par le CIO, et aussi louable soit-elle, cette décision pour avoir une conséquence bien pire selon : Servir d’excuse aux FI pour ne pas agir ou d’échappatoire pour agir seulement maintenant.

En effet, il n’y a eu aucun élément nouveau depuis plus d’un an dans ce dossier. Aucun ! Du moins rien de plus qui aurait suggérer une suspension plus sévère maintenant qu’il y a 2 ans. 2 ans de perdu (and counting). A ma connaissance seule l’IAAF (athlétisme) a pris ses responsabilités l’année dernière et a suspendu la Russie jusqu’à nouvel ordre. Toutes les autres n’ont rien fait ou presque (il y en a une qui a retiré l’organisation de quelques épreuves à la Russie). Si l’on veut un meilleur sport, une meilleur gouvernance du sport, il faut absolument forcer les fédérations internationales à agir tout de suite… mais j’ai bien peur que rien ne sera fait… les médias et les réseaux sociaux va plus s’intéresser aux buzz, à Poutine et à sa réaction, à critiquer le CIO comme d’hab (même si parfois, oui, elle est injuste et trouve sa source dans une certaine ignorance et pas mal de fantasmes des “sportix”).

Ces mêmes personnes, qui vont applaudir la décision du CIO sans se rendre compte qu’elle est limitée aux JO (et que le CIO ne peut rien pour le reste), seront les premières à donner des lessons de gestion du dopage et à se demander pourquoi Gatlin est champion du monde d’athlétisme…

Les décisions qui auraient dû être prises

Il n’y a pas de solution miracle ou parfaite. En matière de dopage organisé, il y a forcément des lésées (avant le scandale et après), idem avec le dopage tout court d’ailleurs, mais ça c’est une autre histoire (j’y reviendrait peut-être un jour). Je n’aime pas les suspensions générales et absolues car je suis plutôt adepte du “je préfère un coupable en liberté qu’un innocent en prison” mais cela ne veut pas dire qu’il faille être trop indulgent. Il faut gravement punir les coupables et essayer d’épargner les innocents ou du moins leur donner la chance de prouver rapidement leur innocence.

Cela étant dit, je pense donc qu’il aurait fallu (il y a 2 ans déjà) prendre les mesures suivantes :

  • Suspendre les instances sportives et éventuel labo anti-dopage russe
  • Retirer l’organisation d’événements et de compétitions internationales ou continentales à la Russie et l’interdire d’en organiser pendant 10 ans (2016-2026). Cela inclus les mondiaux (comme la Coupe du Monde FIFA) ainsi que les épreuves de Coupe du Monde (par exemple de ski ou d’escrime) ou de Tours mondiaux (comme les tournois ATP ou WTA au Tennis).
  • Mettre en place un plan de remise en conformité des instances sportives russes ainsi qu’un comité de suivi (AMA, FI, CIO…)
  • Mettre en place une commission ad-hoc (AMA, FI, CIO…) afin d’étudier au cas par cas et rapidement les dossiers (+test) des athlètes russes afin de faire le tri entre ceux qu’il faut suspendre à vie (dopés tricheurs complices), ceux qu’il faut suspendre justement (victime du système, négligences etc.) et ceux qu’il faut continuer à laisser participer aux compétitions mais avec un suivi particulier pendant 3 à 5 ans (clean ou apparaissant comme clean).
  • Grosse amande pour financer justement la commission du point précédent. Je sais que c’est compliqué en raison de ce que j’ai expliqué plus haut, mais ça pourrait être fait via l’argent et subventions que les fédérations russes reçoivent habituellement de leur fédération internationale de tutelle, qui serait alors redirigé vers le budget de cette commission et tout autre programme de suivi et de remise en conformité des instances sportives russes.

Voilà en gros, j’ai peut-être oublié quelques trucs et désolé pour le pavé pas très ordonné, mais j’ai écrit cela à chaud et si j’avais attendu un peu plus je ne l’aurais peut-être pas fait faute de temps. Et ça m’évitera de me répéter sur les réseaux sociaux. 😉

TL;DR

Le CIO a pris la bonne décision : suspendre le CNO Russe tout en laissant la possiblité aux athlétes russes clean de participer sous la bannière olympique. Mais c’est loin d’être terminé et le CIO ne peut pas faire plus car il ne contrôle pas tous les sports mais uniquement son événement, les JO. La balle est maintenant (et a toujours été d’ailleurs) dans le camp des Fédérations Internationales qui doivent prendre des mesures identiques dans leur sports respectifs, car pour le moment, les russes peuvent participer aux compétitions qu’ils veulent, sous le drapeau russes (hors JO bien entendu)


Photo by Martine Jacobsen on Unsplash

Catégories : Actualités

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